Parisiens, jeunes, diplômés, de gauche : une étude dévoile le profil type des Français pratiquant le « couple libre »
Une enquête de l’Ifop relève que les Français sont chaque année plus nombreux à s’autoriser à avoir d’autres partenaires sexuels.
Les Parisiens en couple libre sont deux fois plus nombreux que la moyenne nationale. LUDOVIC MARIN / AFP
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Aujourd’hui, 8 % des Français assurent être en « couple libre », c’est-à-dire à s’autoriser mutuellement d’autres partenaires sexuels. Si la pratique demeure ultra-minoritaire, force est de constater qu’elle progresse – lentement, mais sûrement. Notamment chez les femmes : en 2017, elles n’étaient qu’1 % à se déclarer dans une relation « ouverte » contre 5 % aujourd’hui. C’est l’un des enseignements d’une grande enquête menée par l’institut Ifop pour le Gleeden, le célèbre site dédié aux relations infidèles (1). « Loin d’être une mode passagère, cette évolution s’inscrit dans un mouvement de fond de remise en cause des institutions traditionnelles et notamment des normes conjugales », assure François Kraus, directeur du pôle Genre, Sexualités et Santé sexuelle à l’Ifop.
Reste que la pratique, le chercheur en convient, est « assez socialement ancrée ». Ainsi, les Parisiens en couple libre sont deux fois plus nombreux (15 %) que la moyenne nationale (8 %). Sans doute parce que l’anonymat d’une grande ville permet de se soustraire au contrôle social de son entourage, avance François Kraus. Mais certainement aussi en raison des caractéristiques sociodémographiques de la capitale : les populations jeunes, diplômées et de gauche, y sont surreprésentées. Or, c’est justement au sein de ce profil que l’on trouve le plus d’adeptes de la relation ouverte. Ainsi, 23 % des 25-34 ans se disent « ouverts ou disposés à l’être », contre 10 % des seniors. Même écart entre les titulaires d’un diplôme de 2ᵉ cycle de l’enseignement supérieur (20 %) et les non-diplômés (11 %) ou entre les professions intellectuelles (23 %) et les classes moyennes (15 %).
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Dans le même ordre d’idées, François Kraus note qu’« avec la vague féministe post-#MeToo, qui a favorisé une remise en question des normes conjugales traditionnelles, le modèle du couple libre recueil un écho particulièrement fort dans les milieux progressistes ». Ainsi, la proportion de la population ayant déjà été dans une relation ouverte est deux fois plus forte chez les sympathisants de La France insoumise (32 %) que chez l’ensemble des Français (15 %). Un chiffre qui confirme les résultats d’une précédente enquête Ifop, menée pour le magazine « Elle », qui montrait une surreprésentation des adeptes du couple ouvert chez les femmes se déclarant « très féministes » ou se situant « à l’extrême gauche ». Ce qui fait dire à François Kraus que l’adoption d’un lien non monogame a « clairement une dimension politique ».
L’étude offre aussi l’occasion de battre en brèche l’idée, encore très répandue, selon laquelle la non-exclusivité sexuelle dans le couple est une idée de mec qui cherche à coucher ailleurs, sans avoir à éprouver la culpabilité de l’infidélité : l’Ifop assure ainsi que dans 52 % des cas, l’initiative est commune. Là encore, les Parisiennes sont à l’avant-garde puisqu’elles déclarent à 42 % avoir été celle qui l’a proposé en premier.
Corollaire de son caractère ultra-minoritaire, la liberté sexuelle au sein du couple demeure taboue : 54 % de ceux qui la pratiquent se sont promis de ne pas en faire état auprès de leur entourage. Preuve que la fidélité est une valeur encore très prégnante dans notre société.