Billet 

Martha Stewart est-elle déprimée ?

Cette semaine, notre journaliste se demande si l’influenceuse au foyer la plus célèbre du monde est déprimée...ou déprimante.

Martha Stewart est-elle déprimée ? C’est la question que je me suis posée en écoutant l’icône américaine de la sphère domestique dérouler le fil de sa vie, dans un documentaire Netflix qui lui est consacré. La réponse charrie son lot d’implications politiques : si la première femme millardaire américaine - qui a fait fortune en surfant sur le succès de ses arrangements floraux et sa capacité à glâcer des gâteaux - se rêvélait malheureuse à l’heure du grand bilan (elle a aujourd’hui 83 ans), peut-être pouvons nous être épargnés de sa relève. Celle assurée par les influenceuses « lifestyle » qui saturent les réseaux sociaux ?

Dans le documentaire, Martha Stewart raconte une triste enfance : père violent, famille pauvre et parents dénués d’affection. Très jeune, elle épouse un homme volage. L’ambiance est glaciale chez les nouveaux époux. Ce qui ne manque pas d’ironie pour la femme que la télé américaine érigera plus tard en « domestic Goddess » (déesse du foyer, en VF). Puis, vient la célébrité. Il y a quelque chose de sordide à voir les images de Martha entourée de tables croulants sous les planches de fromages, les grappes de raisins et les gâteaux démesurés et, en parallèle, les lettres qu’elle envoie alors à son mari. Elle y écrit : « Je pars pour Los Angeles. J’espère que mon avion va s’écraser ». Martha semble en proie au « problème qui n’a pas de nom », décrit par Betty Friedan dans son essai « La femme mystifiée » (1963) : la profonde mélancolie des femmes au foyer américaine, dont les aspirations doivent se cantonner aux murs de leur pavillon de banlieue.

Publicité

A la cinquantaine, Martha paraît revivre. Son quotidien ressemble plus à celui d’une louve de Wall Street, qu’à celui d’une Barbie domestique. Martha lance des magazines, introduit son entreprise en bourse et devient actionnaire de plusieurs sociétés, organise des fêtes, vit avec différents hommes …. Sur les photos, elle sourit enfin. Mais, là encore, elle ne dit pas tout. En 2004, Martha Stewart est accusée dans une affaire de délit d’initié. Elle sera condamnée à cinq mois de prison pour entrave à la justice. « Je veux juste couper ma salade ! », assène-t-elle à une journaliste qui la questionne alors sur ses ennuis avec la justice. Alors qu’elle jongle entre la gestion de sa société, valorisée à un milliard de dollar en bourse, et son procès, elle persiste à se mettre en scène dans sa cuisine, en tablier, entourée de piles d’œufs, de sucre et de farine.

Elle s’agrippe à son image de femme au foyer parfaite, alors que cela fait des années qu’elle construit son bonheur dans des salles de réunion plutôt qu’à la maison, tout au développement frénétique de son empire. Alors, Martha est-elle déprimée ? Ou juste déprimante ? J’hésite encore.

Annuler