Billet
Pourquoi les montres sportives rendent-elles cinglé ?
Cette semaine, notre journaliste se demande si les joggeurs vivent désormais dans un épisode de la série dystopique Black Mirror.
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Tous accros aux montres sportives connectées ? Si vous ne connaissez pas Garmin Connect, le must de ces trackers de performances, de deux choses l’une : soit vous habitez dans une grotte ; soit, comme Churchill, ce grand amateur de whisky et de cigares, mort à 90 ans, vous êtes un adepte assumé du « no sport ».
Mais si vous enfilez, ne serait-ce que de temps à autre des baskets, difficile d’y échapper. La montre sportive, une des stars de ce Noël, a envahi nos vies, nos conversations, nos rêves. Fréquence cardiaque, allure, dénivelé, distance totale parcourue compilée sur l’année, dépense calorique, temps de sommeil : tout y est. Elle encourage, motive, culpabilise aussi. Rappelle les entraînements à suivre, envoie directement nos RP (record personnel) sur les réseaux sociaux… Vibrations du bracelet et notifications en continu vous mettent sous pression. Le nez sur les chiffres, on se compare, on se désole, malgré les encouragements de la communauté… C’est Black Mirror chez les runners.
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90 % des coureurs amateurs utiliseraient aujourd’hui une montre connectée ou une application mobile ! Au total, 21 % des adultes américains et 35 % des Britanniques les porteraient en moyenne 11 heures par jour… Et comme n’importe quel outil numérique, ces dispositifs embarqués, porteurs d’un « projet personnel d’optimisation de soi », comme disent les experts, peuvent rendre fou.
Pour mieux comprendre le lien qui se noue entre les sportifs et leur cadran, des chercheurs (*) ont demandé à des coureurs de la retirer le temps d’une séance, durant laquelle ils devaient décrire ce qu’ils ressentaient à l’aide d’un dictaphone. Résultat : la totalité des sujets a admis une forte appréhension à l’idée de courir sans montre. Ils ont évoqué frustration et anxiété. Certains ont dit se sentir nus. Tous ont déployé des techniques d’évitement, certains jusqu’à cacher une montre dans leur sac à dos pour enregistrer les données… La plupart ont ressenti une absence de motivation et ont eu du mal à réguler une course qu’ils connaissaient par coeur. La séance leur est parue pénible, douloureuse, vide de sens.
Comment y échapper ? J’ai reçu une montre à Noël. Malgré toutes les explications de mes enfants, je n’ai pas réussi à la paramétrer. Pas très glorieux. Mais salvateur.
(*) https://theconversation.com/velo-running-a-quoi-servent-les-montres-connectees-210409