Il a fallu attendre plus de vingt ans entre la promulgation du suffrage universel en 1944 et la loi du 13 juillet 1965 pour que les femmes soient enfin autorisées à ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur époux. Car en ces temps pas si lointains, l’argent de la femme mariée était sous la tutelle de son mari, le code civil napoléonien de 1804 ayant institué son incapacité juridique au motif que « le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari ». À ce titre, les Françaises ne pouvaient travailler ni ouvrir de compte d’épargne sans l’aval marital. Seules les divorcées et les veuves disposaient d'une véritable autonomie financière. 

Ça tourne !

1965 : une conquête décisive sur le chemin de l’égalité financière 

En 1893, une première étape est franchie. Les incapacités de l'épouse mariée sous le régime de la séparation de biens ou de corps sont en partie levées. Quatorze ans plus tard, une loi du 13 juillet 1907 reconnaît à toutes les femmes le droit de disposer librement de leur salaire. En 1938 enfin, l'incapacité juridique de la femme mariée et l'autorité maritale sont théoriquement abolies. Dans la pratique cependant, le mari demeure le chef de famille avec un pouvoir quasi absolu sur les biens et l’activité professionnelle de son épouse.

C'est pourquoi la réforme du 13 juillet 1965 a été d'une importance capitale. Élaborée par le doyen Carbonnier, elle inscrit dans la loi le principe de la capacité juridique de la femme mariée, lui offrant enfin une autonomie réelle en droit. Fini le veto marital ! La femme mariée peut désormais exercer une profession sans l'accord de son époux, gérer seule ses biens propres et, concurremment avec son mari, les biens communs du couple. Elle peut également passer seule les contrats nécessaires à l'entretien du ménage ou à l'éducation des enfants, engageant ainsi solidairement son conjoint. Pour la première fois depuis 1804, elle n’agit plus sous mandat tacite ou comme seule représentante de son mari. Elle a enfin des pouvoirs, notamment financiers, qui lui sont propres. En 1967, par effet boule neige, les femmes obtiennent le droit d’entrer à la Bourse de Paris et d’y spéculer.  

Émancipation financière des femmes : le rôle pionnier des Caisses d’Epargne

Il y a 60 ans, le 13 juillet 1965, la loi autorisait enfin les femmes mariées à ouvrir un compte bancaire et à travailler sans l’autorisation de leur mari. Avant cette loi, elles étaient juridiquement associées au statut « d’incapables civiles ». Une avancée significative de leurs droits, mais qui n'était pas une nouveauté pour les Caisses d'Epargne. Dès 1881, chez Caisse d’Epargne, les femmes mariées pouvaient ouvrir un livret d'épargne sans l'aval de leur mari, soit 84 ans avant la loi de 1965. Cette première forme d'autonomie financière leur a ouvert le chemin de l'indépendance !

Après 1965, les banques ont continué à accompagner les femmes en leur proposant des produits, des supports pédagogiques et des campagnes de communication. Aujourd'hui, les Caisses d'Epargne maintiennent leur engagement envers l'autonomie financière des femmes, en soutenant activement l’entrepreneuriat féminin, en faisant de la mixité une réalité dans son réseau, en œuvrant pour lutter contre les violences économiques qui leur sont faites, en donnant aux femmes les moyens d’investir et en les aidant à gérer l’argent du quotidien, notamment pour les familles monoparentales largement surreprésentées chez les femmes.

Des combats qui se poursuivent 

Si les avancées de 1965 sont phénoménales, l’égalité financière entre les femmes et les hommes est encore loin d’être atteinte. Ce n'est qu'en 1970 que la notion de "chef de famille" attribuée au mari est définitivement supprimée. Et il faut attendre la loi du 23 décembre 1985 qui transpose une directive européenne pour que les femmes mariées sous le régime de la communauté soient autorisées à gérer les biens communs, et doivent signer leur propre déclaration de revenus.

Encore tout récemment, en 2021, a été votée une loi dite « loi Rixain » qui instaure l'obligation de verser le salaire sur un compte bancaire ouvert au nom du salarié, en l'occurrence de « la salariée », ou sur un compte-joint dont elle est cotitulaire, sans possibilité de le verser sur le compte d'un tiers désigné. La mesure s’applique également aux prestations sociales personnelles. Elle vise à protéger les femmes des violences économiques exercées par leurs conjoints (et qui accompagnent très souvent les autres formes de violences conjugales) en empêchant ces derniers de mettre la main sur leurs revenus. « Pendant des siècles, les femmes ont été tenues à l’écart de la sphère financière, évidemment nous en payons encore le tribut aujourd’hui.

L’argent des femmes ne doit plus être un tabou […] et les violences économiques sont au cœur de ces mécanismes d’invisibilisation de l’argent des femmes », a rappelé la députée Marie-Pierre Rixain lors de l’Appel Pour l’Égalité 2024 du Think & Do Tank Marie Claire.   

2025 : des Françaises qui aspirent ouvertement à l’émancipation par l’argent 

L’argent des femmes est de moins en moins tabou. Un Français sur deux estime aujourd’hui que l’indépendance financière des femmes est la clé de leur équilibre (étude Ifop pour La France Mutualiste et Bpifrance, 7 juillet 2025). Un chiffre qui a plus que doublé par rapport à 1987 où les enfants et la famille étaient alors en tête de leurs préoccupations. Désormais soucieuses de la pérennité de leur liberté financière, elles ne sont que 34 % à considérer que c’est un acquis. Et pour cause, tout temps de travail confondu, elles continuent de toucher 22,2 % de moins que les hommes selon une enquête de l’Insee parue en en mars 2024. Temps partiel, orientation des filles à l’école, carrières hachées, emplois moins qualifiés, postes à moindre responsabilité, charge des familles monoparentales, aidance…

Les raisons qui expliquent cet écart et le risque accru de précarité qu’elles encourent sont nombreuses. Autre signe d’inégalité persistante, l'accès aux produits d'épargne et d'investissement reste fortement genré. Malgré un niveau de connaissance similaire en matière de budget, crédit et épargne de base, seules 44 % des femmes se disent à l'aise avec les principes de l'investissement, contre 57 % des hommes. Les femmes sont moins présentes sur des placements plus techniques comme l'assurance vie, les PEA ou les comptes-titres. En cause, le manque de moyens (77 %) comme frein à l'investissement, une plus grande exigence en termes de clarté et de compréhension des produits et enfin, une moindre appétence au risque (74 %), alors que les hommes recherchent davantage le rendement (51 %). A connaissances financières égales néanmoins, les différences de comportement d'épargne entre les genres diminuent.

La formation à l’épargne sera-t-elle la prochaine étape vers la conquête de l'autonomie financière des femmes ? Ou encore l’individualisation de l'impôt du foyer conjugal, à l’image de la plupart de nos voisins européens qui laissent le choix entre l'imposition commune et l'imposition séparée ?

La route vers l’émancipation économique des femmes est encore longue mais l'enjeu est trop important pour en dévier. Il ne faut pas baisser la garde.