Comme chaque année, ce deuxième mercredi du mois de janvier marque le coup d’envoi des soldes d’hiver. Pendant quatre semaines, jusqu’au 3 février inclus, les consommateurs français pourront profiter de prix cassés et de promotions alléchantes sur leurs emplettes.
De quoi déclencher des envies d’achats, même s’ils ne sont parfois pas nécessaires. Mais au-delà de cette grand-messe des bonnes affaires, de plus en plus d’enseignes ont trouvé la parade pour inciter leurs clients à consommer toute l’année : proposer des facilités de paiement « en plusieurs fois sans frais », parfois même pour des sommes inférieures à 200 euros.
Et les Français sont friands de ces paiements fractionnés. Selon une étude publiée en 2024 par la société de crédits Floa, 38 % ont déjà eu recours aux paiements en plusieurs fois. Mais ce faciliteur d’achat, appelé BNLP (l’acronyme de « buy now, pay later », soit « achetez maintenant, payez plus tard ») peut s’avérer moins sûr qu’il n’y paraît. Dès novembre 2026, le gouvernement prévoit d’ailleurs d’appliquer une directive européenne pour mieux réglementer ces paiements fractionnés qui, pour l’heure, ne sont pas considérés comme des crédits à la consommation.
Faut-il souscrire à ces offres de paiement échelonné sans frais pour régler ses achats ? Quels sont les pièges à éviter ? Nous avons posé ces questions à la coach en finances personnelles Anna Gasiorowska, connue sous le pseudonyme La Petite Budgéteuse.
Le HuffPost. En tant que consommateur, est-ce une bonne idée de recourir au paiement en plusieurs fois sans frais ?
Anna Gasiorowska. Cela peut être utile ponctuellement, en cas de dépense imprévue dans le budget. L’avantage de certaines offres, comme celles proposées par Alma ou Klarna, par exemple, est que les clients n’ont pas à s’acquitter des intérêts, puisqu’ils sont pris en charge par les enseignes. C’est l’argument commercial que les organismes mettent en avant : ça ne coûte pas plus cher de payer en plusieurs fois.
Mais le paiement fractionné reste un crédit à la consommation, même si ce n’est pour le moment pas considéré comme tel. Or, contrairement aux crédits à la consommation classiques, le paiement en plusieurs fois sans frais ne nécessite aucune vérification de la solvabilité du client, et peut être accordé à n’importe qui.
Il arrive ainsi que des clients souscrivent à plusieurs paiements fractionnés, puis se retrouvent avec des paiements rejetés car ils ne sont plus capables de les rembourser. Les conséquences sont les mêmes que pour les crédits à la consommation. Ils peuvent eux aussi mener au surendettement avec, dans les cas les plus graves, l’impossibilité d’emprunter et le fichage à la Banque de France en tant que mauvais payeur.
Ces facilités de paiement sont souvent présentées comme un outil de meilleure gestion du budget, pour étaler les dépenses. Est-ce vrai ?
Je rappelle toujours à mes clients que s’ils peuvent rembourser tous les mois une petite somme après avoir souscrit à un paiement fractionné, cela veut dire qu’ils ont la possibilité de mettre cet argent de côté. Mieux vaut donc patienter et attendre d’avoir rassemblé la somme nécessaire avant d’acheter.
Il faut aussi avoir conscience que les mensualités du crédit ne s’adaptent pas aux difficultés financières. Si un gros imprévu survient, comme l’achat d’une voiture, d’une machine à laver, d’un réfrigérateur, on ne peut pas appeler l’organisme de crédit pour lui demander de reporter ponctuellement le paiement de la mensualité. Il va falloir s’en acquitter. D’où l’importance, plutôt que de céder au paiement en plusieurs fois sans frais pour un achat « plaisir », d’épargner un peu chaque mois pour faire face aux imprévus.
Le paiement fractionné « sans frais » est très mis en avant par les marques. Quels pièges sont à éviter avant d’y souscrire ?
D’un point de vue gestion de budget, ces propositions de paiement fractionné doivent être limitées aux achats vitaux et imprévus, pour lesquels on n’a pas immédiatement le budget. Pas pour des vêtements, un smartphone ni même les courses du quotidien, comme le proposent des magasins de grande distribution. Certaines enseignes jouent aussi sur notre impulsivité d’achat, en mettant en avant non pas le prix total du produit, mais celui de la mensualité à rembourser.
Il faut aussi, avant de signer, vérifier s’il n’y a pas de frais caché et prendre le temps de calculer combien on va payer en totalité, pas seulement se focaliser sur les faibles mensualités. Et se demander : ai-je vraiment besoin de dépenser une telle somme pour ça ?
À partir de quand le paiement en plusieurs fois devient-il un signal de fragilité financière plutôt qu’une solution ponctuelle ?
Si payer en décalé devient une manière de consommer car on n’arrive pas à attendre, à patienter avant d’acheter ce qui nous fait envie, cela devient problématique. Les marques jouent beaucoup sur ce besoin d’immédiateté d’achat. Le souci, c’est que les sommes à rembourser s’accumulent chaque mois. J’ai déjà eu des clients qui ne se souvenaient plus à quoi correspondaient les sommes qu’ils remboursaient mensuellement ! Acheter selon ses moyens, après avoir épargné un peu chaque mois, est beaucoup plus gratifiant que de payer en plusieurs fois sans frais.